[image] Port au Prince et l’ambassade du salut
crédits photo Valérian Mazataud
Port au Prince et l’ambassade du salut3.552

Chaque jour dés le petit matin, plusieurs centaines d’haïtiens se pressent au pied de l’ambassade du Canada, dans le quartier Delmas au sud de Port-au-Prince. Une rumeur, apparemment entretenue par une radio locale, court qu’ici on peut être évacué vers le Canada. Valérian Mazataud est journaliste pour Québec89, il est en ce moment à Port-au-Prince, d’où il témoigne.

«Connaissez-vous d’autres ambassades où l’on peut évacuer les gens?»,

me demande un homme. Un autre requiert mes conseils en matière d’immigration. Hélas, pour la plupart de ceux qui font la file dans la rue c’est peine perdue, l’ambassade ne peut accueillir que les ressortissants canadiens ou leurs proches parents.

Javel s’avoue plutôt chanceux. Le jeune informaticien, qui vient d’obtenir son certificat de résident permanent, a pu entrer de justesse dans le sacro saint de l’édifice après d’âpres négociations.

«Ils ont d’abord refusé tous ceux qui n’étaient pas citoyens canadiens, mais je suis resté quand même, et à la fin de la journée, ils m‘ont accepté»,

explique-t-il avant d’avouer qu’il était près à dormir devant l’ambassade.

Javel, comme près d’une centaine d’autres personnes, loge maintenant au bord de la piscine. Un peu plus loin d’autres familles sont abrités sous une tente qui recouvre les cours de tennis, à côté de l‘armée canadienne. Un air de vacance dans ce cadre idyllique, mais l’ambiance n’est pas à la fête.

Dans la queue pour le repas du soir, Hélène désespère :

«Ici c’est fini là. Moi je ne vois pas pourquoi je reviendrais ici maintenant.»

Si tout va bien, elle quittera Port au Prince par l’avion du lendemain qui la rapatriera, elle, ainsi que plus d’une centaine d’autres. La jeune fille, résidente permanente à Montréal depuis 1988 était revenu dans son pays natal pour aider son mari à émigrer au Canada.

«Durant le tremblement de terre, mon bébé de 15 mois et celui de ma nièce sont restés dans la maison. Seul Dieu les a sauvés»,

confie-t-elle.

Un peu plus loin. Nadège nourrit Marvin, son enfant de trois mois né à l‘hôpital Sainte-Justine de Montréal. Comme des centaines d’autres canadiens ou résidents permanents, Nadège passait quelques semaines de vacances en Haïti quand elle s’est retrouvée prise au piège par le tremblement de terre.

«Demandez au gouvernement ce qu’ils comptent faire pour les familles sinistrées des canadiens binationaux»,

réclame-t-elle, alors qu’elle dissout quelque cuillers de lait en poudre dans une bouteille d’Evian. Pour récupérer les précieuses bouteilles d’eau, Nadège a du ramper dans les décombres de sa maison. «C‘est grâce à ça que mon enfant a pu survivre pendant une semaine.»

Toute sa famille est saine et sauve, mais sans abri depuis la catastrophe. Dans son village, la Plaine, on n’a encore vu aucune équipe de secours.

D’autres suivent le chemin inverse, revenant vers Haïti. Nicole une jeune montréalaise est venue ici à la recherche de sa famille. Depuis plusieurs jours, elle cherche à faire rentrer sa mère à l’ambassade, mais se heurte à l’incompréhension des autorités fautes de documents attestant de la parenté. Partie à la recherche du reste de sa famille, elle n’a découvert le cadavre d’une de ses sœurs.

«Si mon autre sœur est morte, je ne préfère pas la voir»,

avoue-t-elle.

Son histoire ayant touché les équipes de CBC et Radio Canada, la jeune fille a pu profiter de l’aide inespérée de Céline Galipeau pour finalement permettre à sa mère d’accéder à l’ambassade.

«Le cas semble réglé à 80 %, mais maintenant je veux que nous puissions repartir vers le Canada»,

conclut-elle.

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Auteur

Valérian Mazataud

Après une formation d’ingénieur en agriculture et un master en aquaculture réalisés en France, il participe au lancement de l’Observatoire du Milieu Marin Martiniquais en tant qu’organisateur des plongées d’étude des récifs coralliens. De 2002 à 2004, il parcourt le monde à vélo tout en présentant des spectacles de cirque gratuits (http://spectacleautremonde.free.fr). De 2005 à 2009, il travaille pour l'ONG d'éducation aux sciences Objectif Sciences International, où il occupe successivement les postes d’éducateur scientifique, de responsables de l’accueil des groupes, de Directeur du projet Nord-Américain au Québec, puis de responsable vidéo et enfin Attaché au Développement. Il est aujourd'hui photo-journaliste indépendant basé à Montréal et collabore à plusieurs journaux et magazine au Québec et à l'étranger (Le Devoir, Jobboom, Geo Plein Air, Servicevie.com, The Hour, Longueur d'Ondes, Montreal pour Enfants)