Traditionnellement dans les communautés d’Afrique du Nord, les aînés vivent à la maison jusqu’à leur mort. Pourtant pour ceux qui ont choisi d’émigrer au Québec il en va autrement. Ainsi, pour Georges Lévy, arrivé du Maroc il y a plusieurs décennies, surpassé par le manque de temps et d’énergie, placer ses parents représente aujourd’hui la seule solution.
Une présence permanente
M. Lévy ne pouvait laisser ses parents sans surveillance dans leur appartement, pourtant situé à deux pas de chez lui.
«Je travaille de chez moi, donc j’étais disponible si un ennui survenait.»
explique-t-il. M. Lévy, cellulaire en main, s’excuse d’interrompre notre entrevue. Son entreprise d’optique lui demande visiblement du temps. Entre les visites à la résidence et la supervision de son frère souffrant d’un handicape mental, les loisirs se font rares.
«J’ai un voyage d’affaire dans quelques mois. J’emmènerai mon frère avec ma femme et moi […] Nous sommes préoccupés à l’idée de laisser mes parents seuls pendant ce voyage.»
confie-t-il. M. Lévy visite la résidence presque chaque jour.
«Ils ont besoin de nous voir.»
précise l’homme d’une cinquantaine d’année.
En couple jusqu’au bout
Les deux parents de Georges Levy sont handicapés. Son père, 94 ans, a perdu la vue il y a une quinzaine d’année. Il est sourd et a déjà reçu plusieurs pontages. Sa mère, 84 ans, a des problèmes d’arthrose et ne marche plus. Elle commence à souffrir de démence sénile. Ses parents sont en appartement double à la résidence Salomon.
«Après 65 ans de mariage, ils sont très attachés l’un à l’autre. Nous voulions qu’ils demeurent ensemble.»
confie-t-il, en précisant que la transition n’a pas été facile.
Des conditions variables
La directrice de la résidence Salomon, Joëlle Khalfa, affirme que ses clients culpabilisent à l’idée de devoir placer leurs parents en résidence.
«Avant au Maroc, les enfants gardaient les parents à la maison et avaient souvent de l’aide pour y parvenir. Ici, la vie, son rythme, ses exigences sont complètement différents.»
estime-t-elle. La résidence offre la possibilité aux enfants de choisir des soins complémentaires, moyennant des frais, ou d’aider directement, si ils préfèrent s’impliquer. Pour Georges Lévy cependant,
«Les frais additionnels dépassent largement notre budget. Comme mes parents sont en perte d’autonomie, nous allons bientôt devoir les placer à l’hôpital Maïmonide où ils vivront séparés. Ça nous brise le cœur.»
Du privé au public, les conditions de vie s’amoindrissent.
Déjà peu rassuré pour ses parents, M. Lévy s’inquiète aussi pour son propre avenir.
«Je ne sais si la jeune génération veillera autant sur nous quand on sera vieux.»
déplore-t-il. Pour lui,
afficher (1)«L’aîné fait partie intégrante de la vie de la famille.»






Pas seulement au Maroc, mais en Afrique en général, en Asie, dans certains pays européens…
C’est une différence culturelle avant tout (on est individualiste ou non), parfois une volonté politique et économique. Quel choix ici à part la maison de retraite ou l’hôpital ?
Quand dès 16 ans la société pousse les jeunes dehors, faut-il s’étonner ensuite qu’à 40 ou 50 ans ils n’aient pas forcément envie de revenir vivre chez/avec papa maman ? Et que fait le gouvernement pour inciter les familles à choisir un accompagnement à domicile ? Dans nos pays vieillissants, il ne fait décidément pas bon faire partie de « l’âge d’or » !
La décision est économique. Mes grands-parents (québecois) et avant eux leurs parents ont vécus dans notre famille jusqu’à leur mort. Maintenant nous devons tous travailler à l’extérieur de la maison afin de survivre et répondre aux exigences du néolibéralisme. Ce n’est pas tant culturel que changement d’économie primaire à une économie de services.
Économique ? Pas seulement !
Le glissement d’une économie primaire à une économie tertiaire peut s’accompagner d’une volonté politique de protéger/favoriser la famille. Ça n’a pas été le cas (oubli ou volonté marquée ?).
Justement, puisque nous sommes dans une économie de service, pourquoi ne pas encourager le maintien à domicile grâce à des aides familiales, des congés d’accompagnement ? Encore une fois, question de choix politiques…