[image] Montréal : le hidjab fait maintenant partie de l’uniforme scolaire
crédits photo Flickr (D Sharon Pruitt)
Montréal : le hidjab fait maintenant partie de l’uniforme scolaire4.552

L’école publique Marguerite-De Lajemmerais, située sur Sherbrooke-est, fait partie des quelques établissements de Montréal qui imposent le port de l’uniforme à ses élèves, une mesure en vigueur depuis septembre 2006. Originalité de cette école, les élèves portant le hidjab peuvent aussi se le procurer chez le fournisseur de l’établissement. Une initiative inédite, qui soulève la question de l’intégration des religions à l’école.

Chemisier blanc, chandail noir, jupe plissée à carreaux, jusque-là, rien d’étonnant au sein de cet inventaire de vêtements entrant dans la composition de l’uniforme de cette école secondaire pour filles. Mais, lorsqu’à la liste des accessoires composant l’uniforme, s’ajoute un hidjab, on s’étonne. Celui-ci est proposé au même titre que les autres vêtements aux couleurs de l’école. « Ce dernier est offert en blanc et en noir », stipule le code de vie de l’établissement. Le voile est ainsi disponible aux élèves, assorti du logo de l’école.

Une réponse pragmatique à l’obligation d’accommodement raisonnable

En vertu d’une recommandation émise par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 1994, le port du hidjab ne peut pas être refusé dans les écoles publiques québécoises. Ainsi, les accommodements raisonnables s’appliquent en matière d’éducation.

Selon Pierre Bosset, professeur, avocat et ancien conseillé de la Commission Bouchard Taylor, l’intégration du voile à l’uniforme au sein de l’école Marguerite-De Lajemmerais :

« est une forme d’accommodement raisonnable proactive. Grâce à cette mesure une famille peut permettre à sa fille de porter le voile à l’école. Cela prévient les conflits, car ça évite aux parents de formuler une demande d’accommodement, souvent perçue comme un passe-droit. »

Pour ce spécialiste, l’intégration du voile au sein de l’uniforme est légale. Elle est de plus une réponse habile à l’obligation d’accommodement raisonnable.

Du côté de l’école, le directeur, Alain Guillemette, explique que par cette initiative : « ce qui nous importait c’était d’être audacieux par rapport aux accommodements raisonnables. Notre but était de les baliser. »

Plus de distinction entre les élèves

Pourtant, l’uniforme est par définition destiné à gommer les différences entre les élèves, qu’elles soient économiques, sociales ou religieuses. L’école rappelle d’ailleurs sur son site Internet que l’uniforme : « est destiné à créer un sentiment d’appartenance ». Or, l’uniforme, qui vise à ne pas faire de distinction entre les élèves, semble ici cautionner une différence entre les religions.

« Pas forcément », répond le sociologue et juriste, David Koussens, spécialiste des questions de laïcité. Selon lui, « le fait que ce ne soit que le voile qui soit proposé aux élèves relève sans doute de considérations pratiques. Cet accommodement doit être consenti selon le type d’étudiants qui fréquentent l’établissement. Il s’adapte, donc c’est forcément raisonnable », argue David Koussens.

Le directeur de l’école confirme ces propos et explique:

« L’uniforme relevait à l’origine d’une demande des élèves. Puis, avec les parents et professeurs, on s’est concertés sur le fait que l’école doive accepter les élèves voilées. On a donc décidé de légiférer et de proposer le voile afin d’uniformiser cet accessoire : pour ne pas que le hidjab soit rayé ou à petits pois, ou qu’il ait des dimensions qui cachent le visage.»

Selon Pierre Bosset, l’une des premières missions de l’école au Québec est de participer à une meilleure intégration des immigrants et des confessions religieuses, et surtout à une meilleure reconnaissance de ces identités dans l’espace public. Pour celui-ci, ce voile proposé par l’école permet justement de renforcer ce sentiment d’appartenance. « Cette initiative permet de répondre à cette uniformité recherchée entre les élèves, précise-t-il. Car l’enjeu est bien là, fondre et confondre ces signes distinctifs au sein d’un uniforme. »

Un logo à apposer avec parcimonie

Seul élément sur lequel on ne s’entend pas: l’apposition du logo de l’école sur le voile, renvoyant l’image que cette école fait la promotion d’une religion plutôt que d’une autre. Pour David Koussens, ce symbole encourage une forme de distinction qui n’est pas nécessaire entre les religions.

« D’un point de vue juridique, ce serait préférable que le logo ne soit pas apposé sur un signe religieux car on peut vite faire l’association. Cela ne doit pas non plus inciter les filles musulmanes à s’inscrire dans cette école pour cette raison, car cela pourrait aboutir à une forme de communautarisme »,

admet Pierre Bosset.

L’école n’est pas située dans un quartier regroupant une forte population musulmane mais, dans son rayonnement, elle touche davantage de jeunes filles de cette confession car c’est une école de filles. L’apposition du logo sur le voile n’est pas une demande formelle de la direction. Étant apposé sur tous les vêtements, il l’est aussi sur le hidjab.

La présidente du mouvement laïque québécois, Marie-Michelle Poisson, estime quant à elle que l’école est totalement dans son droit: « accoler un logo à une école non confessionnelle devrait déranger davantage la religion en question que les laïques, car la religion ne devrait pas représenter une institution. »

Le conseil des commissaires aurait pu se pencher sur la question. Or, avant même qu’il ait le temps de déterminer si l’apposition d’un logo sur le hidjab de l’école correspond à la définition de l’accommodement raisonnable -c’est-à-dire que ce dernier favorise une meilleure égalité entre les citoyens-, le conseil d’établissement a décidé qu’à la rentrée prochaine le logo de l’école ne serait plus brodé aux hidjabs.

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Société

10 commentaires

  1. UN:F [1.7.5_995]
    +412 votes
    armi10

    Et le scapulaire, la croix des croisés sur un manteau blanc et pourquoi pas un béret blanc ? Droit à l’accommodement raisonnable ? J’exige grâce à ce DROIT que tous les enfants puissent venir à l »Ã©cole avec la hache de bucheron qui est si partie prenante de la communauté minoritaire francophone et de notre identité. Pour le seau d’eau, cela sera notre prochain combat.

  2. UN:F [1.7.5_995]
    +44 votes
    Le Pihiff Marc

    Je reste plerplexe !

  3. UN:F [1.7.5_995]
    -24 votes

    Je n’appel pas cela de l’intégration, mais de la discrimination religieuse. J’appuie armi10 a 100% dans son commentaire. Je vois deja la prochaine étape « Les juifs ont des écoles a eux, nous aussi on en veux » …
    On a mis des gros efforts pour foutre les « bonnes sÅ“urs » dehors du système d’éducation afin qu’il soit laïc et de l’autre côté notre « bon gouvernement » laisse passer des crosses semblable … c’est un tabar*** de non-sens ….

    jeffab.blog.com

  4. UN:F [1.7.5_995]
    +37 votes
    armi10

    Et les naturistes ? ils ont le droit à un accommodement raisonnable respectant leurs valeurs et leur mode de vie. Ajustons les uniformes en conséquence.

  5. UN:F [1.7.5_995]
    +26 votes
    miclot

    Curieuse école publique! Que de paradoxes et d’incohérences, on se distingue pour s’uniformiser, pour s’intégrer et pour développer le sentiment d’appartenance??. HOU! HOU! Il y a quelqu’un ?

  6. UN:F [1.7.5_995]
    +24 votes
    Le Pihiff Marc

    Miclot vient de nous faire une excellente analyse de la situation.
    Quelle hypocrisie dans l’initiative de cette école.
    Et puisque l’uniforme est imposé, à quand le port du hidjab obligatoire en tant que partie intégrante de cet uniforme ?

  7. UN:F [1.7.5_995]
    +26 votes

    Quand cette supercherie de commission Bouchard-Taylor le peuple du Québec se serait tenu debout nous n’en serions surement pas là.
    On ne peut pas dire que les Québécois sont solidaires entre eux, et quand un peuple se dit perdant avant de commencer quoi que ce soit, voila ce qui arrive.

    Les Québécois aurait dut se serrer les coudes pour faire part de leurs désaccord face à cette commission burlesque, mais malheureusement ils ont une fois de plus manqués le bateau, tout comme ils l’ont manqués pour les derniers référendums.

    Aujourd’hui ils ne peuvent que se ranger derrière les perdants, satisfaits de manger les miettes, ou se réveiller et se mettre au travail pour sauver leur patrimoine culturel en devenant Maître chez eux, ou continuer à « chialer » comme ils savent si bien le faire.

    Nous sommes tous Maître de notre destinés !

  8. UN:F [1.7.5_995]
    -24 votes
    marianne

    je vous propose d’aller lire cet excellent article qui résume très très bien ma pensée :) Bonne lecture

    http://www.bivouac-id.com/2009/05/15/un-psychologue-danois-“l’integration-des-musulmans-dans-nos-societes-occidentales-est-impossible»/

  9. UN:F [1.7.5_995]
    +22 votes
    Le Pihiff Marc

    Très instructif !

  10. UN:F [1.7.5_995]
    +22 votes
    kata

    Superbe idée : nous avons donc des filles avec un hidjab ou un voile, qui portent en même temps une jupe plissée courte (au-dessus des genoux).
    Quelqu’un peut-il donc m’expliquer la logique de se voiler la face en même temps qu’on montre ses jambes?

    Par ailleurs le voile est un symbole d’humilité : en le revendiquant à tout bout de champ, ces musulmanes et musulmans en méprisent la signification et cela perd tout son sens. Bref, ils se focalisent sur la forment et oublient le fond (comme ces chrétiens qui mangent du saumon ou du caviar le vendredi pour ne pas manger de viande, alors qu’il s’agit à la base de manger un repas humble).

    Quant à la question d’intégration, en tant qu’immigrant je suis effaré par ce genre d’accommodement : ce n’est évidemment pas en tolérant (ou encourageant?) des pratiques revendicatrices qu’on va aider les immigrants et leurs enfants se sentir à l’aise au Québec en dehors de leur quartier communautaire…

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