[image] L’inclusion scolaire, une illusion
crédits photo Anaïs Palmers
L'inclusion scolaire, une illusion 2.053

«L’inclusion de tous les enfants présentant des besoins particuliers dans les écoles ordinaires n’est pas réaliste», affirment Gérald Boutin et Lise Bessette, auteurs du livre intitulé Inclusion ou Illusion? À la lumière des résultats de leurs travaux, on est forcé de conclure que l’intégration ne sert pas toujours l’intérêt des enfants, écorchant au passage les acteurs clé de leur réussite : les professeurs et éducateurs.

Publiée à la fin novembre, l’étude compare deux approches: l’intégration des enfants en difficulté dans les classes dites «normales» et l’inclusion complète. Alors que cette dernière vise à rassembler tous les élèves en difficulté dans une même classe, l’intégration consiste à insérer dans le cursus scolaire ordinaire les enfants que l’on considère capable de s’intégrer.

Les deux chercheurs de l’Université du Québec à Montréal dénoncent «l’inclusion à tout prix», qui à leurs yeux ne pourrait exister que dans un «monde idéal». Une «utopie» bien loin de notre réalité, selon eux.

Au nom des droits de l’homme

Mais les militants de l’inclusion nous rappellent que nous sommes tous égaux au nom des droits de l’homme et considèrent donc primordial que tous puissent étudier ensemble, dans un climat de tolérance, où les différences seraient acceptées. Selon eux, le système scolaire aurait grand besoin d’être bousculé, pour revoir ses priorités et réserver davantage de place au travail d’équipe entre les élèves.

Virginie Berthiaume est éducatrice spécialisée depuis 9 ans. Elle vit la réforme scolaire au primaire depuis son introduction au système d’éducation québécois. Selon elle,

«les professeurs favorisent maintenant les projets en commun afin d’augmenter les connaissances de culture générale des élèves. Or, pour ce faire, ils délaissent l’apprentissage des matières de base comme la grammaire et les mathématiques. Dans un tel contexte, les élèves présentant des difficultés académiques et qui ont besoin de plus de temps pour apprendre accusent très souvent des retards.»

L’éducation fait polémique

Les élèves ne sont pas seuls à tirer de la patte. Leurs professeurs sont aussi à bout de souffle. La charge de travail qu’ajoute l’inclusion des enfants en difficulté ne cesse de s’alourdir.

Gérald Boutin, également co-auteur de l’ouvrage L’intégration scolaire des enfants en difficultés paru en 1983, explique que

«la seule aide stable qui existe toujours en classe, c’est l’enseignant titulaire. C’est comme si on demandait à un médecin généraliste d’être aussi spécialiste.»

De leur côté, les parents d’élèves présentant des besoins particuliers se plaignent surtout du manque d’aide qui est offert à leur enfant. «Il manque de moyens, mais aussi de spécialistes», confirme Mélanie Huot, éducatrice spécialisée en milieu scolaire.

Les parents des élèves ordinaires craignent quant à eux que les professeurs

«ne se consacrent qu’à quelques élèves et délaissent les autres»,

explique Lise Bessette.

«On ne devrait pas intégrer dans une classe un enfant qui empêche les autres d’apprendre», estime Mme Bessette. Quant à elle Virginie Berthiaume craint même que cette mesure fasse augmenter le taux de décrochage scolaire.

Les deux chercheurs ne pensent pas non plus que l’inclusion soit la meilleure solution pour les enfants en difficulté. Lise Bessette considère qu’un

«enfant toujours en échec se sent moins bon que les autres. Cela crée un climat d’apprentissage nocif pour lui.»

Elle explique que le fait d’inclure un élève ayant des besoins particuliers dans une classe ordinaire ne suffit pas pour l’intégrer véritablement, que «la cohabitation physique est insuffisante». Elle rappelle aussi le risque que l’élève devienne la «mascotte» de sa classe.

Mélanie Huot affirme d’ailleurs que pour beaucoup d’élèves, se retrouver dans des classes spécialisées, est un peu comme «une deuxième chance, puisqu’ils n’étaient pas heureux dans les classes ordinaires.»

Pour de meilleurs jours

Selon les deux auteurs de l’étude, la solution réside dans le «cas par cas».

«Quand l’enfant peut vraiment être intégré en classe ordinaire, il faut aller le plus loin possible dans cette direction»,

tempère toutefois Lise Bessette.

Selon les chercheurs, il faudrait également que des classes ordinaires cohabitent avec des classes spécialisées au sein de la même école. «Tous les élèves peuvent ainsi se retrouver pour certaines activités, se côtoyer aux récréations par exemple. Notre préoccupation est que chaque enfant reçoive l’aide dont il a besoin», assure le professeur.

Gérald Boutin et Lise Bessette concluent en insistant sur la nécessite de redéfinir les rôles, tâches et fonctions des intervenants, sans oublier d’apporter une aide accrue aux parents d’élèves et aux enseignants.

Pour Mélanie Huot,

«un suivi régulier permettrait de voir ce qui est mieux pour l’enfant, mais ce n’est possible qu’avec l’aide de la famille. Ce qu’il faut, ce sont des cours pour les parents, pour accompagner leur enfant et pour leur donner d’autres outils d’apprentissage.»

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Société

2 commentaires

  1. UN:F [1.7.5_995]
    +513 votes
    Cesrapalon

    Au nom de l’égalité si chère à nos institutions, on peut trouver dans une même classe un dyslexique, un élève avec des troubles et déficit d’attention avec ou sans hyper-activité, un surdoué, un enfant présentant un handicap moteur, un enfant attardé et quelques profils psychologiques divers et variés…
    Et pour gérer les apprentissages de toutes ces particularités, un enseignant qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, c’est à dire une politique absurde « une chance pour tous » !
    On s’étonne encore d’un taux de décrochage « alarmant » ? Ce qui me surprend pour ma part c’est que les enseignants n’aient pas encore décroché !

  2. UN:F [1.7.5_995]
    +15 votes
    marianne

    Entièrement d’accord. Je travaille auprès de ces jeunes et je peux dire que la majorité du temps ils ne fonctionnent pas dans les classes régulières. Et à force de mettre de l’énergie à vouloir les intégrer à tout prix et bien…..ils décrochent. Il est utopique de croire que les jeunes au régulier vont avoir une bonne influence chez les jeunes en difficultés. Ils viennent de milieux différents, ont des valeurs différentes donc ce qui en résulte ce sont des clans.

    De plus j’aimerais bien un jour entendre que les premiers responsables de faire en sorte que les jeunes réussissent sont les PARENTS. Même la meilleure école avec les meilleurs professeurs ne réussira pas à faire en sorte que les jeunes respectent l’autorité si c’est derniers ne respectent même pas celle de leurs parents. Et il faudrait que le mot DISCIPLINE ne soit plus perçu négativement.

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