Les déserteurs de la guerre en Iraq toujours menacés d’expulsion par le Canada
Par le 20 fév à 05h30 1 commentaireOn estime à près de 200 le nombre de déserteurs de l’armée américaine réfugiés au Canada. La plupart restent pour l’instant menacés de déportation, mais les choses pourraient changer avec l’ouverture de la nouvelle cession parlementaire, si les trois partis d’opposition décidaient de soutenir la loi C-440.
«Un soldat, c’est juste un uniforme qui suit des ordres. Un guerrier, c’est un homme ou une femme qui suit sa conscience, et fait ce qui est juste face à l’adversité.»
lance Robin Long. L’ancien soldat a fuit son unité de Fort Knox, dans le Kentucky, juste avant qu’elle ne rejoigne l’Iraq. En juin 2005, il a rallié Terre Neuve sur le pouce, avant de lancer une demande de statut de réfugié. Pourtant, le gouvernement Harper ne l’entendait pas de cette oreille et, le 15 juillet 2008, il ordonnait sa déportation aux États-Unis, où il a purgé une peine de prison de 15 mois à la base militaire de Miramar.
Pour vivre heureux, ils vivent cachés
«Nous travaillons avec une cinquantaine de résistants qui vivent à découvert, mais nous estimons que beaucoup d’autres restent cachés par peur d’être expulsés.»
explique Michele Robidoux, porte parole de la Campagne d’appui aux résistants à la guerre (CARG), à Toronto. La plupart vivent aujourd’hui en Ontario ou en Colombie Britannique, mais il ne serait pas improbable d’en trouver au Québec, où la population est majoritairement opposée à la guerre en Iraq.
La CARG a commencé ses activités en 2004, au moment de l’arrivée de Jeremy Hinzman en sol canadien. Soldat d’élite dans la division d’infanterie du 82nd Airborne, Hinzman a demandé le statut d’objecteur de conscience avant d’être déployé en Afghanistan, où il a servi comme cuisinier. A son retour aux États-Unis, il a fuit à Toronto plutôt que d’être déployé en Iraq.
Le CARG fournit une assistance légale aux déserteurs, en les assistant dans leur demande de statut de réfugié, et effectue en parallèle un travail de lobbying. Bien que l’organisme ait été créé en réponse à la guerre en Iraq, Michele Robidoux admet être régulièrement contactée par des soldats qui ne souhaitent pas être déployés en Afghanistan :
«Nous rencontrons un fort soutien du public contre la guerre en Iraq, ce qui ne serait peut être pas le cas avec l’Afghanistan, où le Canada s’est engagé.»
64 % des Canadiens soutiennent les résistants
Aujourd’hui l’espoir de Jeremy, Robin, et des autres repose entre les mains de Gerard Kenedy, député libéral à Toronto, et porteur du projet de loi C-440, qui permettrait d’attribuer le statut de Résident permanent à un étranger qui
«a quitté l’armée de son ancien pays de résidence […] du fait de ses convictions morales, politiques ou religieuses pour éviter de participer à un conflit armé non approuvé par les Nations Unies.»
Pour l’instant, alors que 64 % des canadiens se disent opposés à la déportation des résistants, le parlement a voté, le 30 mars et le 3 juin 2009, une motion soutenant les droits des opposants à la guerre. Le projet de loi en lui même ne sera voté qu’après la reprise des travaux parlementaires le 3 mars prochain.
Le Canada, terre d’accueil ?
Il y a quelques décennies pourtant, le Canada savait se montrer d’emblée plus accueillant. On estime que de 50.000 à 125.000 citoyens américains auraient fuit vers le Canada entre 1964 et 1977, pour échapper à la guerre du Vietnam. A l’époque, Pierre Trudeau avait déclaré : «Ceux qui font le choix conscient de ne pas participer à cette guerre reçoivent mes sympathies, d’ailleurs notre politique a été de les accueillir au Canada.»
Aujourd’hui ils sont encore plusieurs à vivre à Montréal. Ainsi Michael Hendricks, arrivé au Québec en 1968, s’est retrouvé embauché à Grand Mère en Mauricie où il a du apprendre le français sur le tas :
«Là bas, les gens se souvenaient des conscriptions de la deuxième guerre mondiale, alors je recevais un soutien massif de la population.»
Aujourd’hui il fustige ceux qui différencient les «draft-dodgers*» d’hier et les déserteurs d’aujourd’hui :
«Leurs histoires et leurs motivations sont les même que les nôtres.»
conclut-il. Michele Robidoux témoigne d’ailleurs que les draft-dodgers, amnistiés en 1977 par le président Carter, sont aujourd’hui très actifs dans la CARG.
Écouter en ligne : Les déserteurs d’Obama
(par Mélanie Marquis)
* Littéralement réfractaires des conscriptions
(Article mis à jour le 23/02/2010. Robin Long a été déporté par le gouvernement Harper et non Martin. Le parlement canadien a également voté une motion de soutien le 30 mars 2009.)
afficher (2)





Les soldats américains, s’ils sont prêts à être expulsés de l’armée pour de bon pour éviter d’aller à une guerre qu’ils n’approuvent pas ou dont ils ont carrément peur, ont un atout dans leur manche: ils n’ont qu’à dire qu’ils sont homosexuels. C’est nul que l’armée américaine en soit encore là et Obama projette de lever le tabou, mais en attendant, c’est une superbe porte de sortie…