De l’essentiel au réconfort
Par le 1 mar à 05h00 Commentaires fermésLe lait a le dos large, mais peut aussi confondre les sceptiques: il endure et sait se rendre attrayant sous l’angle qui lui convient, selon la mode du moment. Il faut dire qu’il a de l’aide puisque toute une industrie le protège. Du lobby aux campagnes de publicité, voyons si le breuvage aux vertus mitigées saura se sortir du dernier écueil, s’il effectuera avec brio son passage de l’aliment essentiel au tricot de laine réconfortant.
Un joueur imposant
Loin du simple produit de consommation, le lait semble souvent ancré dans la culture québécoise et ce malgré les différents doutes qui ont été soulevés à son égard au fil des années. La teneur en gras, par exemple, en appelait déjà non pas à bannir le liquide, mais du moins à en modérer la consommation. Cependant, le lobby du lait est fort au Québec: les profits augmentent, Agropur ayant même connu une année record au niveau des profits en 2009.
La production laitière représente environ 34% des recettes agricoles totales du Québec, un poids non négligeable dans notre économie agroalimentaire. En tout, les dépenses en publicité et en activités de promotion de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) s’élèvent, pour l’année 2009, à 13 643 000 $CAN. Cela comprend autant les campagnes publicitaires que les diverses initiatives où la FPLQ agit à titre de commanditaire.
À la vue de tels chiffres, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les campagnes publicitaires mettant le lait en vedette soient si nombreuses. Il y a, en effet, beaucoup à perdre lorsque l’on observe l’équation du point de vue de la FPLQ. Même le lait au chocolat a fait l’objet d’une campagne massive alors que celui-ci fut déclaré breuvage a privilégié après un effort physique.
Une cause du cancer de la prostate
Une récente étude menée à l’Unité de recherche épidémiologique du centre de recherche du CHUM, par Parviz Ghadirian, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, démontre un lien direct entre une trop grande consommation de lait et le cancer de la prostate. En fait, deux verres –soit 400ml– seraient déjà une consommation trop importante, l’étude privilégiant une consommation maximale de 125 ml.
Au Québec, pour l’année 2008, la consommation de lait moyenne par année se situe, selon Statistique Canada, à 82,58 litres par habitant. C’est près de 20 litres de moins qu’il y a une vingtaine d’années. Si cette moyenne correspond à environ 225 ml par jour, elle tient cependant aussi compte des nombreuses personnes intolérantes au lactose, comme des végétaliens qui ne consomment aucun sous-produit animal. La consommation de lait du québécois moyen serait donc bien au dessus de ce que recommande Parviz Ghadirian.
Il est aussi intéressant de constater que la consommation de lait plus faible en matières grasses a beaucoup augmenté au fil des deux dernières décennies par rapport au plus gras: les consommateurs ont vite compris l’impact sur leur santé d’une consommation plus grande de matières grasses provenant des produits laitiers. C’est aussi en 1990 que l’on a commencé à répertorier une consommation de lait à 1% de matières grasses.
Rien de nouveau
Ce n’est cependant pas la première remise en question des vertus du lait: Walter Willet, responsable du département de nutrition de l’Université Havard, se penchait déjà sur la question il y a presque dix ans. M. Willet prévenait alors des effets sur la santé d’une trop grande consommation de produits laitiers et en appelait à la modération.
Il avait ainsi démontré que le lait n’était pas la source de calcium idéale, que la consommation nécessaire pour maintenir la robustesse des os dans des cas d’ostéoporose serait beaucoup trop importante (plus de 5 tasses pas jour) et donc néfaste pour la santé.
Changement de cap
Cette preuve qu’il faudrait probablement réduire notre consommation de lait, la FPLQ l’anticipait donc depuis quelques années. Ces années ont été employées à modifier notre rapport au lait pour retrouver ce côté culturel: on passe de «un verre de lait c’est bien, mais deux c’est mieux» au simple concept de réconfort.
De plus, le projet à long terme de la FPLQ, selon leur plan de mise en marché élaboré en 2008, se base sur la promotion de produis laitiers de qualité supérieure en provenance d’ici. Une approche que la FPLQ avait déjà entamée dans le cas des fromages. Ne pouvant plus miser seulement sur le caractère sain et judicieux du lait, on laissera donc le soin aux consommateurs de contrôler leur consommation, en valorisant plutôt la qualité du produit et son impact psychologique.
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