Bilan de Copenhague: 46 200 tonnes de carbone plus tard, toujours pas de cibles contraignantes
Par le 20 déc 2009 à 19h00 Commentaires fermés45 000 accréditations, 12 jours de négociations, 192 pays représentés et 46 200 tonnes de carbone pour aboutir à «un accord qui n’en est pas un», selon la responsable de la campagne Climat et Énergie de Greenpeace Canada, Virginie Lambert Ferry. La 15e réunion des Nations Unies sur le climat, celle-là même qui devait sauver l’humanité, se concluait, samedi dernier, sur un échec.
«On a rien du tout. Les Présidents Obama et Sarkozy sont partis en disant qu’il existait un accord: l’Accord de Copenhague. Or, celui-ci n’est pas passé au vote des Nations Unis et ne contient aucune juridiction contraignante. C’est une régression par rapport au Protocole de Kyoto»,
déplore Mme Lambert Ferry.
Steven Guilbeault, porte-parole de la campagne Climat et Énergie et cofondateur de l’ONG québécoise, Équiterre, explique de son côté qu’il n’a jamais connu autant de cafouillages qu’à Copenhague. Il participe depuis 14 ans à des sommets sur le changement climatique.
«5000 accréditations ont été octroyées aux associations, à trois jours de la conférence, seules 57 représentants ont pu assister aux négociations. Les choses ont été mal planifiées»,
raconte M. Guilbeault pour expliquer en partie l’échec des négociations.
La communauté scientifique sonne l’alarme
Le climatologue français, Jean Jouzel, se déclare lui aussi «très déçu». L’homme est membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il remportait le Prix Nobel de la paix en 2007.
«D’un point de vue scientifique, c’est un échec. Rien n’y est. Il n’y a pas de cohérence entre l’objectif des deux degrés celsius et le manque d’objectifs pour 2020 et 2050. On a toutes les chances d’atteindre une augmentation de 3°C»,
dit-il.
Le GIEC et les Nations Unies ont ciblé une augmentation maximale de 2°C, d’ici la fin du siècle, pour empêcher toutes perturbations dangereuses des conditions climatiques.
«Avec une augmentation de 2°C, on pense que, pour l’essentiel, on pourra gérer le réchauffement climatique»,
explique Jean Jouzel. Pour cela, tous les pays industrialisés doivent s’engager à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 1990 d’au moins 25% d’ici 2020.
Le Canada, «Fossile de l’année»
Le Canada est montré du doigt par la communauté internationale et les groupes d’environnementalistes. Ces derniers estiment qu’il a joué un rôle négatif durant les pourparlers. Au dernier jour des négociations, Stephen Harper s’est d’ailleurs vu remporter le prix «Fossile de l’année». Ce prix lui a été attribué par le Réseau Action Climat -qui comprend 400 organisations non gouvernementales, dont 62 sont canadiennes- pour souligner ses efforts répétés à freiner l’adoption de cibles claires par les pays membres.
«Le Canada a saboté les négociations en cherchant à introduire des limites au texte préparatoire qui devait nous mener à un accord»,
déclarait, dimanche, Virginie Lambert Ferry.
Des pays industrialisés, le Canada s’est fixés le plus faible objectif de diminution de gaz à effet de serre, soit moins de 3% d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990. Pourtant, le gouvernement fédéral canadien a ratifié le Protocole de Kyoto qui le contraint à réduire ses émissions de 6%.
Pour Steven Guilbeault,
«pendant que 110 chefs d’État représentaient leur pays, M. Harper faisait du tourisme à Copenhague».
Il ajoute que cette position du gouvernement fédéral ne représente pas les aspirations de l’ensemble des citoyens canadiens. Rappelons que trois provinces des 13 provinces et territoires du pays (le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique) ainsi que le maire de Toronto, David Miller, ont affiché lors du sommet de Copenhague des messages autrement plus ambitieux.
Le président des ÃŽles Maldives, Mohamed Nasheed, qui représente l’un des pays les plus menacés par la montée du niveau de la mer, a d’ailleurs rendu hommage au Québec et à la Californie. En assemblée plénière, il saluait leurs décideurs pour leur courage politique dans la lutte contre les changements climatiques.
afficher (1)





Aucun commentaire