[image] Barrage de la Romaine : Greenwashing et pétrole bleu
crédits photo Valérian Mazataud

Tranquillement, mais surement, le projet de barrage de la Romaine est parti jusqu’en 2020, date où l’on achèvera la construction du quatrième réservoir. Grâce au soutien majoritaire des populations locales, il semble improbable que quelqu’un puisse encore arrêter le rouleau compresseur du développement durable façon Hydro-Québec. A Montréal pourtant, la poignée d’écologistes de l’organisme Alliance Romaine ne désespère pas de faire entendre sa voix.

Fran Bristow, cofondatrice de l’organisation, bouclera au printemps 2010 une maîtrise sur l’impact des barrages sur les populations de phytoplancton, la base de la chaîne alimentaire marine.

«La rivière débouche au coeur du Parc Naturel des îles Mingans, une zone extrêmement riche en nutriments, où le taux de chlorophylle est très élevé.»

Selon son étude, la baisse du débit et l’inversion de la saisonnalité de la rivière (les crues auront lieu en hiver plutôt qu’au printemps) pourraient gravement diminuer la productivité de la zone et ainsi menacer toute la chaine alimentaire.

Auto-étude d’impact

Dans son auto-étude d’impact, Hydro-Québec mentionne effectivement que

«L’effet des modifications du régime hydrologique sur le panache d’eau douce dans le chenal de Mingan suscite des questions.»

Quelques dizaines de pages plus loin heureusement, nous sommes rassurés de lire que la productivité planctonique ne sera pas affectée car elle dépend finalement majoritairement du fleuve St Laurent :

«les modifications prévues dans la zone de l’embouchure n’auront pas de répercussions négatives sur les quelques individus qui y séjournent.»

Une autre des problématiques mise en relief par Alliance Romaine est la hausse du taux de mercure dans la chaine alimentaire aquatique :

«Avec l’inondation de nouvelles terres, le mercure inorganique présent dans le sol redevient organique, et se retrouve assimilé dans la chaine alimentaire.»

Cependant, en quelques dizaines de pages de son impressionnante étude d’impact, Hydro-Québec ne trouve rien de problématique à des hausses de trois à sept fois les teneurs normales, puisque les concentrations restent en dessous des normes. Mieux encore, dans quelques décennies, tout sera redevenu comme avant…

Un généreux partenariat

Fran Bristow n’est pas la seule à trouver étrange que Hydro-Québec se soit chargé de sa propre étude d’impact :

«Petit à petit, à travers la province on commence enfin à reconnaître que l’énergie hydroélectrique n’est pas si verte que ça.»

Cependant, au Havre St Pierre, et dans les communautés autochtones voisines, on n’entend pas grand monde, et on fustige les écolos de Montréal.

Pas forcement étonnant, si l’on se souvient que fin 2008, Radio Canada dévoilait un «partenariat» d’Hydro avec la MRC de la Minganie, 12 millions de $CAN, pour s’assurer que les élus puissent défendre le projet.

«On leur donne les moyens de mettre en place les choses nécessaires»

expliquait à l’époque Marie-Élaine Deveault, porte-parole d’Hydro-Québec.

Un bilan emploi mitigé

Combien d’emplois pourrait-on créer avec 12 millions de $CAN ?

Bon an, mal an, la construction du barrage devrait créer un peu plus de 1000 postes par an. Quand à la suite :

«Le projet permettra de créer une centaine d’emplois directs pour l’exploitation et l’entretien du complexe, et possiblement des emplois indirects.»

peut-on lire au chapitre des retombées économiques de l’étude d’impact.

De bien modestes perspectives pour un investissement de… six à huit milliard de $CAN.

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Société

1 commentaire

  1. [...] où il dravait des saoules, il avait remonté ses culottes pour me parler de la Romaine : la construction du barrage hydroélectrique s’était amorcée en dépit des doutes et des protestations. Il était fâché. Je l’étais aussi, mais pour [...]

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Auteur

Valérian Mazataud

Après une formation d’ingénieur en agriculture et un master en aquaculture réalisés en France, il participe au lancement de l’Observatoire du Milieu Marin Martiniquais en tant qu’organisateur des plongées d’étude des récifs coralliens. De 2002 à 2004, il parcourt le monde à vélo tout en présentant des spectacles de cirque gratuits (http://spectacleautremonde.free.fr). De 2005 à 2009, il travaille pour l'ONG d'éducation aux sciences Objectif Sciences International, où il occupe successivement les postes d’éducateur scientifique, de responsables de l’accueil des groupes, de Directeur du projet Nord-Américain au Québec, puis de responsable vidéo et enfin Attaché au Développement. Il est aujourd'hui photo-journaliste indépendant basé à Montréal et collabore à plusieurs journaux et magazine au Québec et à l'étranger (Le Devoir, Jobboom, Geo Plein Air, Servicevie.com, The Hour, Longueur d'Ondes, Montreal pour Enfants)