[image] Europe: un Président pêché dans l’eau tiède
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Europe: un Président pêché dans l'eau tiède5.051

Souvenez vous de l’ambition contenue dans ces trois mots: «Président de l’Europe»! C’était la grande avancée qu’on nous promettait il y a encore quelques mois. C’était aussi l’un des principaux arguments de vente du Traité constitutionnel européen puis du traité de Lisbonne.

«Pour la première fois de notre longue histoire, un homme ou une femme pourra se dire président du Conseil européen. C’est un événement formidable!», s’enthousiasmait encore l’an dernier Valéry Giscard d’Estaing, qui imaginait un premier président de l’envergure de Washington, pas moins.

Notre Washington s’appelle donc Herman Van Rompuy, pour deux ans et demi. Je ne le connais pas; pas grand monde le connait à vrai dire. C’est le Premier ministre belge depuis quelques mois, mais une grande partie des Belges l’ignorent. Il est décrit partout comme un  «facilitateur»: le type qui met de l’huile dans les rouages, avec une burette. Son profil n’a pas grand chose à voir avec le premier président des États-Unis.

Au poste de Haut représentant aux affaires étrangères, c’est une travailliste britannique, Catherine Ashton, qui a été nommée jeudi soir par les 27. Jusqu’alors commissaire européenne au Commerce extérieur, elle n’a aucune réelle expérience en politique étrangère; mais pour respecter les équilibres internes au panier de crabe européen, il fallait trouver quelqu’un qui fût anglais, social-démocrate et si possible femme. Le choix était donc assez limité.

Quatre numéros de téléphone

Avec le triste Jose Manuel Barroso à la tête de la Commission -lui aussi pêché en eaux tièdes- voilà le formidable triumvirat qui va incarner l’Union européenne. Ce n’est pas tout: les présidences tournantes sont conservées: comme c’est le cas actuellement, tous les six mois, un pays présidera aux destinées de l’Europe. Celle-ci aura donc quatre têtes (et quatre numéros de téléphone).

Cette désespérante situation est à l’image de l’Europe au lendemain de l’exténuante ratification du traité de Lisbonne: une énorme machinerie, opaque, épuisée, désenchantée. Le choix de Rompuy et Ashton n’obéït à aucune véritable volonté: ils ne sont apparus que quand tous les autres candidats ont été, au gré des tractations, gommés de la liste. Les personnalités politiques d’envergure, et l’Europe n’en manque pas, n’ont même pas eu le loisir de s’afficher candidats.

Le traité de Lisbonne devait permettre de rapprocher l’Europe des citoyens: c’est bien mal parti. A part la nomination du Pape ou du président Chinois, il n’existe guère de procédure moins démocratique que celle qui a conduit à ce tandem censé incarner l’Union européenne et ses 350 millions de citoyens. Tout s’est joué en coulisse, loin des citoyens et de leurs représentants élus.

Les incohérences de la politique européenne de la France

La France, dans cette affaire, n’a pas joué un rôle tellement plus glorieux que la main de Michel Henry. Sarkozy voulait, paraît-il, une personnalité politique forte: l’Anglais Tony Blair ou l’Espagnol Felipe Gonzales. Il s’est finalement secrètement entendu avec la chancelière allemande Angela Merkel pour pousser Von Rompuy. Il est vrai que le chef de l’État (et plus généralement la classe politique française) a sur l’Europe la cohérence d’un volet qui claque: tantôt en guerre contre les dicktats bruxellois, tantôt en faveur d’un renforcement de la gouvernance européenne; tantôt favorable à une politisation des dirigeants de l’Union, tantôt accroché à la souveraineté nationale.

Un président de l’Europe «à la Washington», élu au terme d’une procédure transparente impliquant les élus, aurait peut-être pu enfin remettre un peu de politique et de souffle dans la construction de l’Union. C’était l’ambition de départ. On a préféré jeudi soir à Bruxelles ajouter une nouvelle pelletée de terre sur l’aventure européenne.

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Article publié initialement par Pascal Riché sur
Monde

1 commentaire

  1. UN:F [1.7.5_995]
    +11 vote
    Le Pihiff Marc

    Par ces temps de crise, on s’attendait plutôt à une « bête de scène » qui aurait donné un élan à l’Europe, mais….c’est bien tristounet tout ça !

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