[image] Patron d’antenne et maire à la fois
Patron d'antenne et maire à la fois 5.054

Sophie-Anne Mailloux est journaliste à CILE 95.1 FM, la radio communautaire de Havre-Saint-Pierre. Le 1er novembre 2009, son patron, Berchmans Boudreau, est devenu son premier interlocuteur à la mairie.

M. Boudreau présentait sa candidature pour la seconde fois. Après avoir perdu de peu en 2005, il a remporté le dernier scrutin avec 60,5 % des suffrages devant le maire sortant, Pierre Cormier. Soit 400 voix de plus que son concurrent dans une commune de 3200 habitants.

Plusieurs chapeaux

Le maire fraîchement élu dirige la station de radio locale depuis 22 ans. Il se donne un an pour préparer la relève et quitter définitivement ses fonctions de directeur.

CILE 95.1 FM a cela de particulier qu’elle fait partie de l’entreprise communautaire Radiodiffuseur télédiffuseur et câblodistributeur (RTC). Berchmans Boudreau en est à la fois directeur général et directeur des ventes.

Environ 7 000 personnes écoutent la radio communautaire qui dessert plusieurs villages sur un territoire de 150 kilomètres, entre Sept-Îles et Natashquan. Pour un point de vue différent, il faut compter sur la station de Radio-Canada de Sept-Îles, à plus de 200 kilomètres.

Au total, Berchmans Boudreau gère 1,2 million de dollars de chiffre d’affaires par an.

«Les profits sont réinvestis dans les prestations aux citoyens. Nous sommes les seuls ici à offrir ces services», a déclaré Patrick Cadieux, le directeur de la programmation de la station.

Au sein de la localité, M. Boudreau est également membre de plusieurs conseils d’administration, dont celui de la Caisse populaire Desjardins (qu’il entend quitter sous peu) et de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord.

Les réactions

«C’est un beau défi à relever», a déclaré Sophie-Anne Mailloux lors du congrès annuel de la Fédération professionnels des journalistes du Québec, le 14 novembre dernier.

La jeune femme croit son patron intègre. Elle reconnaît cependant que la couverture des élections municipales a été difficile. À plusieurs reprises, le maire sortant, M. Cormier, a accusé en public le média communautaire de partisanerie. Il a refusé plusieurs entrevues à la journaliste.

«Pour moi, l’élection de M. Boudreau est une amélioration, car mon travail avec M. Cormier a été ardu. La difficulté est que je vais me retrouver avec quelqu’un proche de moi, sur des questions salariales», a expliqué la journaliste.

Patrick Cadieux a fait part des difficultés rencontrées avec son patron durant la campagne.

«Même s’il ne s’implique pas ou peu dans la programmation, il sait comment cela fonctionne. Au début, il ne voulait pas tout révélé de son programme.»

Pour M. Boudreau, la fonction de maire s’inscrit dans «son cheminement de carrière».

«Je viens du milieu communautaire, j’ai commencé en 1972 au service des Loisirs de la municipalité.»

De plus, il ne travaille plus qu’à mi-temps à la RTC et entend prendre sa retraite dans un an.

À la question, comment va-t-il désormais conjuguer ses fonctions de maire et de directeur d’antenne, M. Boudreau répond:

«Je n’ai pas de problème avec ça, je suis très collaborateur avec les médias». Il admet toutefois que «s’[il] était en début de carrière, [il] se poserait plus la question et ne serait probablement pas devenu maire.»

Le 7 décembre aura lieu la première réunion ordinaire de conseil municipal de Havre-Saint-Pierre.

«Les premières questions posées vont nous permettre de prendre le pouls», a indiqué Sophie-Anne Mailloux.

Une politique d’éthique

La présidente du conseil d’administration de l’Association des Radios communautaires du Québec (ARCQ), Lise Morissette, indique qu’elle n’est «pas du tout inquiète en ce qui concerne l’intégrité de M. Boudreau. Il se donne un an pour préparer la relève, c’est tout à fait normal.»

L’ancien président du conseil d’administration de l’ARCQ, Charles-Eugène Cyr est plus sceptique.

«Il n’y a pas de politique d’éthique écrite pour les radios communautaires, mais on est en droit de se demander si la radio de Havre-Saint-Pierre couvrira ou non les affaires municipales.»

Pour le nouveau président de la FPJQ, Brian Myles, le cas est «exceptionnel, atypique et très préoccupant».

«Ce n’est pas à la FPJQ de dire au maire ce qu’il a à faire. La société civile doit rester vigilante afin de saisir le Conseil de presse en cas de problème. Et, à tout moment, la journaliste peut communiquer avec nous», a-t-il déclaré.

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Auteur

Patrick Bellerose

Patrick Bellerose est un journaliste spécialisé dans le domaine des médias et du marketing. Il couvre l’univers québécois des communications pour Marketing Magazine. Par le passé, il a été à l’emploi du magazine Infopresse, spécialisé en publicité-marketing. Il se passionne particulièrement pour l’impact des médias sociaux sur notre vie et l’avenir des médias traditionnels.

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