[image] L’itinéraire. La rue est à nous
crédits photo Anaïs Palmers
L'itinéraire. La rue est à nous4.753

L’itinéraire, magazine Montréalais, donne la parole aux sans domicile fixe, aux plus démunis et aux marginaux. En plus de le vendre, ces derniers participent à la création du contenu.

Seul son visage, recouvert d’épais flocons de neige, dépasse de son imperméable bleu et blanc. Peut-être l’avez-vous déjà croisé en train de vendre ses exemplaires du magazine aux passants. Il s’appelle Luc. C’est un travailleur autonome, précise-t-il. Souriant, il explique qu’il a co-fondé L’itinéraire en 1989. Il annonce ça en toute simplicité.

Première idée reçue, les camelots, comme on les appelle, ne sont pas tous sans domicile fixe, souligne Audrey Coté, rédactrice en chef du bimensuel.

«Ils ont pour la plupart connu l’itinérance, mais la majorité est aujourd’hui dans un processus de réinsertion.»

ajoute-t-elle. En effet, vendre des journaux demande un certain sens des responsabilités, ou à défaut, permet de l’acquérir.

Sortir le camelot de l’ombre

A la naissance du journal, les pères fondateurs étaient composés de personnes ayant connu la rue, en association avec des professionnels du domaine social. Aujourd’hui, ils sont environ 140 à vendre le magazine, des hommes dans la quarantaine pour la majorité. L’équipe de rédaction se compose de 40 camelots et de 20 pigistes. Chapeautés par des journalistes, ils sont rémunérés au même tarif que leurs collègues professionnels. Tout comme la vente des magazines dans la rue, l’écriture de textes contribue à ce

«qu’ils retrouvent une dignité et une estime personnelle»,

se réjouit Audrey Coté. Ils peuvent alors plus facilement aspirer à une réinsertion sociale.

«C’est un mythe de croire que les gens de la rue sont analphabètes»

précise la rédactrice en chef. D’un dynamisme à toute épreuve, la jeune femme brune explique que chacun peut écrire pour le journal, mais que tous les camelots n’en ressentent pas forcément l’envie. Ceux qui n’écrivent pas sont par contre présentés à travers la rubrique Zoom Camelot.

Tolérance et liberté

Francis Caron est coordinateur de l’intervention sociale auprès du groupe L’itinéraire depuis trois ans.

«Ici on a une philosophie de tolérance.»

explique-t-il, sourire aux lèvres. Pour devenir camelot il suffit d’être majeur, sans emploi, et de respecter le code d’éthique du magazine, comme par exemple de ne jamais vendre L’itinéraire en état d’ébriété.

Les camelots bénéficient d’une grande liberté et conservent leur autonomie financière. Ils achètent le nombre de journaux qu’ils souhaitent, à un dollar l’exemplaire, pour ensuite le revendre au double du prix à un emplacement qui leur est attribué, grâce à un partenariat avec la STM (Société de Transport de Montréal). Un système de micro-crédit a également été mis en place pour leur donner un coup de pouce, mais Francis Caron explique que

« Le groupe encourage plutôt une dynamique de débrouillardise».

Audrey Coté en parle d’ailleurs avec fierté :

«les camelots sont comme des entrepreneurs. Les gérants des grands magasins les admirent, parce qu’eux aussi savent mener leur petit business.»

Quinze ans de journalisme

Depuis 1994, l’organisation à but non lucratif tire à quinze mille exemplaires, et n’a rien à envier aux autres magazines quant à son contenu original et à son ouverture au monde.

«Le magazine se vend de mieux en mieux depuis 15 ans»,

affirme Caron d’une voix dynamique, même si il reconnait que

«Au départ son format ressemblait à celui d’une feuille paroissiale !»

Audrey Coté a pris les rênes du magazine il y a sept ans avec pour objectif de changer son image, perçue comme trop marginale. Au départ, L’itinéraire avait pour objectif de créer une alternative à la vie dans la rue, et de donner la parole aux gens que personne n’entendait, mais la rédactrice en chef a choisi de s’adresser à une plus large tranche de la population.

Fini le misérabilisme

Selon Coté,

«la victimisation dessert beaucoup les gens».

Sans nier la réalité de la misère, elle préfère rappeler que

«les camelots représentent aussi une dose d’espoir».

Plusieurs changements ont donc modifié le visage du magazine ces dernières années, du nouveau format, à l’incorporation d’une rubrique people, en passant par la création d’une formation multimédia pour les jeunes.

De son côté, Luc vient de vendre son dernier exemplaire de la journée. Ses grands yeux curieux scrutent la rue. Il marche tranquillement, avant de disparaitre derrière le rideau de neige.

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Médias · Société

1 commentaire

  1. UN:F [1.7.5_995]
    00 votes
    lioudha

    En effet, je trouve le contenu de ce journal très intéressant et il a le mérite d’aborder des sujets originaux.
    Longue vie à l’Itinéraire.

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