Les syndiqués du Journal de Montréal soulignent cette semaine leur premier anniversaire dans la rue. Pourtant, les lecteurs du quotidien semblent peu préoccupés par le sort de leurs journalistes en lock-out. En témoigne ce vox-pop aux réponses parfois surprenantes.
L’équipe de Québec89 est allée à la rencontre des lecteurs du Journal de Montréal dans divers cafés de la métropole afin de savoir pourquoi le lectorat du Journal n’a pas décliné depuis le début du conflit, le 24 janvier 2009.
En effet, le tirage du Journal, conçu par ses cadres depuis le début du lock-out, est resté stable depuis un an. On note même une hausse de 39 000 lecteurs le samedi, selon NADbank.
Il faut dire, toutefois, que Quebecor distribue gratuitement son journal dans plusieurs cafés et magasins depuis le début du conflit.
Une stratégie qui semble fonctionner: plusieurs personnes interrogées affirment ne pas soutenir l’employeur puisqu’ils n’ont pas déboursé pour acheter le journal. Un argument faible, bien entendu, puisque les médias modernes tirent la grande majorité de leurs revenus des ventes publicitaires liées à leur tirage.
D’autres personnes interrogées ont affirmé être tout simplement indifférentes au lock-out.
«Moi je suis retraité et j’aime lire mon journal le matin, c’est mon petit plaisir», affirme cet homme rencontré dans un café.
De rares intervenants ont même admis ne pas savoir qu’il y avait un conflit au quotidien de la rue Frontenac.
Feue la solidarité syndicale?
Une situation qui désole les syndiqués en lock-out. «Beaucoup de gens nous appuient, certains nous envoient des lettres, mais la population continue de lire le journal», note Raynald Leblanc, président du syndicat des journalistes du Journal de Montréal.
«Mais si le journal s’en tire si bien, même en période de conflit, c’est parce qu’il surfe sur le branding que nous, les vrais artisans du Journal, avons créé au cours des 40 dernières années», ajoute-t-il.
Cette attitude de la population tranche avec celle perçue lors du lock-out au journal La Presse en 1971-1972, affirme André Béliveau, qui était alors chef négociateur pour les journalistes en plus d’être président du Syndicat général des communications.
«On sentait que la population nous appuyait, raconte André Béliveau, d’ailleurs, le tirage du journal La Presse a baissé pendant le conflit. Mais, à l’époque, l’enthousiasme pour les luttes syndicales était beaucoup plus grand. Les gens avaient espoir de se syndicaliser et d’obtenir de meilleures conditions.»
Des propos toutefois nuancés par Gérald Larose, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 1983 à 1999.
«On a tendance à idéaliser le passé, dit-il, mais il n’y a jamais eu d’âge d’or de la solidarité avec les syndicats. J’ai été à la tête d’une organisation syndicale suffisamment longtemps pour savoir que c’est un défi au quotidien.»
Selon lui, la stabilité du tirage du Journal de Montréal s’explique plutôt par la distribution gratuite dans plusieurs commerces.
«J’imagine que moins de gens achètent le journal, mais ils ne sont pas prêts à le bouder s’il est disponible gratuitement, poursuit Gérald Larose. Il est très difficile d’organiser un boycottage. Ceux qui ont fonctionné impliquaient généralement des causes sociales importantes, comme lors du boycott des vins d’Afrique du Sud, pour dénoncer l’apartheid.»
Ironiquement, les acquis des syndicats nuisent aujourd’hui aux luttes ouvrières, estime André Béliveau.
«Les syndicats ont créé une nouvelle classe de privilégiés, dit-il. Aujourd’hui, il y a les syndiqués, et il y a les autres.»
Autrement dit, les conditions avantageuses des journalistes du Journal de Montréal (semaine de 30 heures sur quatre jours et un salaire annuel moyen de 88 000$ pour les journalistes) attirent peu la sympathie d’une population qui vit avec un salaire moyen de 33 000$ par année et peu de sécurité d’emploi.
Préparer l’avenir
Avec peu d’appui du public et un journal qui maintient ses ventes, les syndiqués semblent pour le moment dans une impasse. Une situation qui se répercute dans l’attitude de l’employeur, selon Raynald Leblanc.
«Quand il y a des rencontres pour négocier, la partie patronale est arrogante, affirme-t-il. On nous dit: “Nous produisons le journal sans vous depuis un an. On peut se passer de vous.”»
D’ailleurs, depuis la sortie publique de Pierre Karl Péladeau la semaine dernière, Raynald Leblanc se dit convaincu que le plan du patron de Quebecor est d’affaiblir la position des syndicats au Québec.
«Ce n’est plus seulement une question de convention collective, dit-il. C’est une lutte contre la nature des syndicats.»
À mesure que le conflit s’étire (et rien n’annonce un règlement imminent), les positions se campent et l’animosité grimpe de part et d’autre. Sera-t-il possible de fonctionner harmonieusement lors du retour au travail? Gérald Larose en doute.
«Je ne suis pas certain que cette attitude rigide [de Quebecor] serve les intérêts de l’entreprise, dit-il. Les médias traversent une importante crise et ils ont besoin d’innover. Je ne suis pas certain que Quebecor pourra le faire si elle se met à dos sa main-d’œuvre. On ne peut pas bâtir son avenir en imposant ses vues et en affamant ses employés.»
(Vox-pop, caméra et montage: Leslie Doumerc)
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On pensait avoir la paix avec le lockout mais malheureusement, la même qualité médiocre s’est poursuivit à travers le web avec des sites tel que RueFrontenac… La vérité est triste mais réelle, le journal continue d’être publié avec ou sans ses journalistes et ses super articles enlevants de faits divers. Avec le sexe, le sang et les sports, pas besoin de grands journalistes pour attirer les lecteurs imbéciles qui acceptent de payer pour de la qualité aussi mauvaise… En résumé, journalistes ou pas, le journal de Montréal est toujours en tête du plus mauvais des quotidiens!
Rue Frontenac prouve à Péladeau qu’il sont capable de faire très bien de l’info sinon mieux qu’à travers le journal de Montréal, alors que cela ne tienne, ils ont en plus une longueur d’avance sur ce médiocre personnage.
Continuer donc ce beau travail que vous faites sur Frontenac, et lancer votre entreprise vous même sur internet, je suis certain de la réussite, et dite donc à Péladeau qu’il séche avec son « canard » tellement médiocre que seul les faibles d’esprit achéteront.
Il est difficile de soutenir des syndiqués qui gagnent plus que la moyenne et de loin, des gens ordinaires.
Il est temps que comme les linotypistes il y a 40 ans les travailleurs des médias acceptent le changement inévitable de technologie de distribution de l’information.
ce qui choque encore plus c’est le calcul des syndiqués qui perdent déjà un an de salaire alors que 2 semaines sont difficilement rattrapable sur 5 ans…
En fait ce genre de grève est contre performante pour les syndiqués obligés par la formule rand de payer un syndicat non performant…
Selon vous, les travailleurs devraient tous accepter une diminution de salaire sans se battre. L’économie tend vers ce nivellement vers le bas des revenus de 98% des citoyens et au contraire vers des sommets pour les 2% restants. Et vous, vous allez vous situer dans quel camp dans les 5 prochaines années? 2%ou 98 % ? sans déconner, vous allez être dans quel % ? hein ? Et oui, si vous avez le temps de participer aux dialogues de l’internet, vous connaissez votre % Appuyez vos semblables et ne pensez pas que vous n’êtes pas dans la M,, comme nous tous.
Le Journal de Montréal a toujours été ce qu’on lisait quand on n’avait rien d’autre sous la main, dans des lieux particuliers. Enfin, je parle de moi, honnête anarchiste.
Le seul quotidien où il y ait matière à réflexion c’est Le Devoir.
Cela fait un moment que je ne l’ai pas lu.