[image] Vers la dépénalisation du cannabis aux États-Unis
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Vers la dépénalisation du cannabis aux États-Unis4.051

C’est une petite annonce qui a suscité de nombreuses vocations. Le journal alternatif Denver Westword recrute un critique cannabique: «Est-ce que votre santé nécessite la prise de cannabis? Avez-vous des facilités à écrire? Si c’est le cas, Westword a besoin de vous pour rejoindre les rangs de nos critiques des dispensaires de marijuana.»

Comme treize autres états américains, le Colorado autorise certains malades à se soigner en recourant au cannabis, en particulier les malades du sida, les cancéreux en chimiothérapie, les personnes atteintes de glaucomes, de sclérose en plaques, de la maladie de Parkinson…

En Californie, la loi l’autorise depuis 1996. Résultat, en 2007, on comptait près de 200 dispensaires rien qu’à Los Angeles. Autant dire que tous les clients ne sont pas vraiment des malades et que l’ensemble du système s’apparente de plus en plus à une vaste dépénalisation de fait de la consommation.

Qui semble recevoir l’approbation tacite de l’administration Obama. Alors qu’une proposition de loi a été présentée à l’Assemblée de Californie pour légaliser et taxer le commerce de marijuana, l’État fédéral Obama a demandé lundi à ses procureurs de ne plus poursuivre les patients et dispensaires dans les États ayant légalisé cette pratique, mettant un terme à des années de bras de fer. Pour les partisans de la dépénalisation, la Cannafornie, l’un des principaux producteurs mondiaux de marijuana, fait désormais figure de nirvana.

Laurent Joffrin s’abreuve chez Sarkozy

Une évolution qui semble avoir échappé à Laurent Joffrin, de Libération, où j’ai signé quelques articles sur la question, y compris sous ses ordres. Dans le journal qui a publié en 1976 l’appel du 18 joint pour la légalisation du cannabis, le directeur de la rédaction signait ce lundi un édito pour le moins surprenant:

«Solution simple et, pour ainsi dire, de facilité: on légalise. […] Encore faut-il évaluer les conséquences probables d’une politique aussi libérale. Les pays qui sont allés dans cette direction, Espagne ou Pays-Bas, ne sont guère enthousiastes. Ils tendent même à revenir en arrière.»

Je vous passe les autres arguments amenant à la conclusion qu’il ne faut surtout rien changer à l’idyllique prohibition actuelle, qui fait de la France l’un des seuls pays européens où le fait de fumer un joint reste passable de prison mais également le deuxième consommateur de cannabis en Europe. Preuve que tout fonctionne.

On peut s’étonner qu’au moment où même le PS avance sur cette question, un édito de Libé puise son argumentaire dans les propositions de campagne de Sarkozy de 2007:

«Partout où la drogue a été légalisée, demandez donc aux Pays-Bas et en Espagne, ce fut une catastrophe.»

Ensuite, il est utile de rappeler que personne aux Pays-Bas ne remet en cause la politique de séparation des marchés (des drogues douces et dures) puisqu’elle semble porter ses fruits: les Pays-Bas sont l’un des pays européens où l’on fume le moins de cannabis. (source OEDT)

Et si les autorités songent effectivement à modifier la loi, c’est parce que les jeunes Allemands, Belges ou Français envahissent les coffee shops néerlandais tous les week-ends.

Sous la pression de leurs voisins, notamment français, les autorités envisagent donc de réserver les coffees aux seuls Néerlandais. La même proposition de loi envisage de les autoriser à conserver de plus importantes quantités de cannabis. On est donc très loin du rétropédalage décrit par Joffrin et Sarkozy.

Quant à l’Espagne, à moins qu’une information m’ait échappé, aucun changement de la politique actuelle de grande tolérance ne semble envisagé. Et pourquoi avoir choisi ces deux seuls pays alors que le Portugal, par exemple, va plus lois et est le seul pays à avoir dépénalisé par la loi. Que cet été, le Mexique et l’Argentine ont, à des degrés divers, dépénalisé. Que le Danemark réfléchit à l’ouverture de coffee shops. Ou enfin que l’Union européenne, dans un rapport officiel rendu public en mars 2009, rappelait:

«La prohibition des drogues a provoqué des dégâts involontaires importants, dont beaucoup étaient prévisibles.»

Bref, si il y a une tendance actuelle et des enseignements à tirer des expériences étrangères, ils ne vont pas vraiment dans le sens de la prohibition. Mais pour s’en rendre compte, comme l’écrit fort justement Laurent Joffrin, il aurait fallu sortir du «débat simpliste» et «éviter le yin et le yang des poncifs libertaires ou sécuritaires».

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Article publié initialement par Arnaud Aubron sur
Médias

4 commentaires

  1. UN:F [1.7.5_995]
    +22 votes
    ysengrimus

    Je connais des gens à Vancouver qui vont bien approuver l’idee de l’inutilité complète de la prohibition…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/11/15/le-cannabis-est-encombrant-salissant-irritant-et-incroyablement-narcotique/

    Font chier. Qu’ils aillent donc courir après les voleurs…
    Paul Laurendeau

  2. UN:F [1.7.5_995]
    +11 vote
    Fragile

    Mais pourquoi s’acharne-t-on à vouloir détruire cette plante médicinale qui de toute évidence semble être le remède dont a tant besoin notre société malade?
    Pourtant, aux États-Unis des médecins prescrivent déjà à leurs patients ce qu’ils appellent ‘medical marijuana’ pour le traitement de problèmes de santé tels que le glaucome, l’asthme, la nausée, l’épilepsie, le stress, les maux de tête, l’insomnie, l’anorexie et diverses allergies.

    S’il n’y avait que ces vertus médicinales cela ne causerait aucun problème, mais c’est l’effet secondaire qui modifie la conscience qui dérange. Alors, c’est sans doute parce que notre société se paganise de plus en plus, qu’elle considère l’élévation comme une catastrophe et qu’elle combat si désespérément toutes substances végétales susceptibles d’apporter la Foi.

  3. UN:F [1.7.5_995]
    00 votes
    armi10

    Je souffre du glaucome depuis 2 ans. Personne ne m’a parlé des effets bénifiques de cette plante. Je l’ai découvert par hasard en lisant rue89. C’est enrageant de découvrir les manipulations.

  4. UN:F [1.7.5_995]
    00 votes
    Robert Henri

    On commence enfin à se réveiller aux États-Unis et à être plus nuancé. Tout n’est pas blanc et noir et il y a bien des tons de gris. Malheureusement, lorsqu’on parlait de décriminaliser la marijuana ici les dernières années, c’était pour donner des amandes au lieu de peines de prison. Ceux qui décident ça prennent tranquillement leur apéritif et leur vin aux repas fiers d’eux, les bien pensants.

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