[image] Impasse des négociations à La Presse
Impasse des négociations à La Presse5.051

Guy Crevier, président et éditeur de La Presse, a fait parvenir hier un courriel aux employés du quotidien pour les informer que les négociations avec les divers syndicats sont rompues. Le grand patron a de plus réitéré l’ultimatum du 1er décembre. Voici l’intégralité de ce courriel.

MAJ: Pour consulter un communiqué de presse qui explique la position des syndicats de La Presse, cliquez ici.

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PLUS QUE 5 SEMAINES POUR SAUVER LA PRESSE

Le 3 septembre dernier, nous vous informions que La Presse ne pourra plus poursuivre ses activités sans changements importants à sa structure de coûts. Et qu’à défaut d’un règlement, la publication de La Presse sera suspendue le 1er décembre prochain.

La direction et les syndicats de La Presse ont alors convenu de négocier de façon intensive, à huis clos, afin de favoriser le déroulement de leurs pourparlers.

Pour favoriser les discussions sur les enjeux majeurs, La Presse a accepté de partager une foule d’informations financières. Des données additionnelles ont été transmises le 16 octobre dernier, comme prévu.

Tous ces chiffres convergent vers une seule conclusion : le modèle d ‘affaires de La Presse, tout comme celui de la grande majorité des quotidiens en Amérique du Nord, ne tient plus la route.

Plusieurs dossiers de négociations ont cheminé dans le cadre du huis clos. Cependant, à ce jour, des divergences importantes demeurent dans tous les secteurs. Les offres déposées aujourd’hui par les syndicats montrent un recul important par rapport aux négociations des derniers jours.

C’EST POURQUOI NOUS METTONS FIN AU HUIS CLOS.

Le temps presse, l’entreprise étouffe, son modèle d’affaires ne peut survivre. Nous estimons que, compte tenu du danger réel qui pèse sur sa survie, il est de notre responsabilité de vous tenir informés de la situation, dans un environnement de transparence.

Tout au cours des négociations, La Presse a choisi de minimiser chez ses employés l’impact des réformes nécessaires à sa survie. Ainsi, dans son offre de règlement, La Presse propose que l’implantation de la semaine de 5 jours se fasse SANS MISES À PIED parmi les employés réguliers de tous les services.

En outre, elle a retiré de sa  proposition monétaire la diminution de salaire de 6 % en 2010, offrant plutôt un contrat de travail de trois ans (2009 à 2011) avec un gel salarial.
Les divergences qui demeurent doivent être résolues. Et le délai qui reste pour ce faire est court. Nous pressons donc l’ensemble des syndicats de réaliser l’urgence de la situation.

Pour assurer sa survie, La Presse de demain doit compter sur L’ADHÉSION DE TOUS SES EMPLOYÉS à des horaires de travail similaires à ceux de la presque totalité des employés du secteur des communications au Canada et en Amérique du Nord, soit 35 heures par semaine, 5 jours par semaine. Et cela, à un salaire, des avantages sociaux et des fonds de pension comparables à ce que l’on retrouve dans les grands journaux au Canada.

Dans leurs dernières propositions, les syndicats ont requis des compensations qui annulent complètement les économies qui doivent être réalisées à la suite de cette adhésion. L’entreprise ne peut raisonnablement souscrire à ces compensations, alors que ses revenus sont en chute brutale.  Cette proposition ne règle en rien les problèmes structurels de La Presse et la condamne à brève échéance à l’application d’autres mesures plus difficiles.

À la Distribution, les négociations portent sur des enjeux bien particuliers. Alors que La Presse subit des pertes financières, IL EST HORS DE QUESTION DE MAINTENIR DES EMPLOIS QUI NE SONT PAS NÉCESSAIRES À SES OPÉRATIONS. En conséquence, l’offre patronale entraîne le départ immédiat de 48 aides-distributeurs. Vu cette circonstance exceptionnelle, ces employés bénéficieront d’une indemnité de transition de 10 semaines de salaire par année de service, et ce, jusqu’à concurrence de 100 000 $. Cette proposition inclut un programme de réorientation de carrière, de formation et de reclassement.  75 % d’entre eux bénéficieront de l’indemnité maximale qui représente près de trois ans de salaire. Avec l’ajout des prestations d’assurance emploi, si besoin est,  ils pourront ainsi jouir d’un délai de près de quatre ans pour se recycler dans un nouvel emploi.

Aux distributeurs, l’entreprise propose, sans mises à pied, l’implantation graduelle de la semaine de 5 jours.

Il est impératif que l’entreprise réduise rapidement ses coûts d’exploitation. Une partie du chemin a été accompli à ce chapitre dans des secteurs relevant de la gestion de l’entreprise.

Le reste du parcours vous revient : il nécessite des amendements aux conventions collectives en ce qui concerne la semaine régulière de travail, le nombre d’heures de travail et la prévoyance collective.

Ces amendements requis doivent aussi permettre à l’entreprise de réduire la volatilité et les coûts de ses fonds de pension.

Depuis 2002, La Presse a dû verser en  contributions additionnelles dans ses régimes de retraite la somme de 41 millions $, soit 55 000$ par employé. La projection la plus probable remise aux représentants syndicaux aujourd’hui prévoit des versements totalisant plus de 100 millions $ entre 2009 et 2016 pour combler les déficits des régimes de retraite. Cela représente, pour certaines de ces années, une somme équivalant à plus de 40 % de la masse salariale de l’entreprise. Un tel niveau de cotisation menace la survie de La Presse.

Notre position sur les fonds de pension est finale. Pour tous les NOUVEAUX EMPLOYÉS, le régime de retraite sera un  régime à cotisation déterminée.

Au cours de la semaine prochaine, nous déposerons une offre finale  et globale de règlement.

Les employés de La Presse sont inquiets de la situation. Et ils ont bien raison. À ce jour, nos revenus publicitaires accusent un retard de 14,5 % par rapport à l’an dernier, soit 3 % de plus que le scénario qui vous avait été présenté en juin dernier.

Ce que vit La Presse, les autres journaux d’ici et d’ailleurs le vivent. C’est un problème d’industrie. Tous les journaux ne survivront pas à cette crise qui frappe brutalement les médias. Seuls ceux qui sauront s’adapter rapidement le pourront.

Le temps presse.  Le 1er décembre est près de nous.   Le sablier s’écoule et il ne peut ni ne pourra être retourné.

Il ne reste plus que 5 semaines pour sauver La Presse.  La décision vous appartient.

Guy Crevier

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Médias

2 commentaires

  1. [...] que vivent les journaux d’ici, dont le Journal de Montréal pour lequel je suis chroniqueuse, allez lire ici le texte du courriel que Guy Crevier de La Presse a envoyé à tous ses [...]

  2. UN:F [1.7.5_995]
    00 votes
    vlimeuse

    Je suis d’accord que les médias papier traditionnels doivent s’ajuster à la nouvelle réalité du marché. Je suis aussi d’accord que 35h/sem, c’est pas trop demander en 2009. Là où je décroche, c’est quand les médias d’ici – pas que la Presse, mais aussi ceux de Quebecor – invoquent la féroce concurrence et citent des exemples internationaux, surtout américains, pour justifier leurs demandes de sacrifices. Au Québec, où le lectorat se résume aux francophones en Amérique du Nord, ce discours ne tient pas la route. La concurrence dans la presse écrite se passe essentiellement entre trois joueurs dont deux plus importants: la Presse, les journaux de Quebecor et accessoirement le Devoir. Ne venez pas me dire que le marché publicitaire ne suffit pas financer à ça, quand même! Et quand La Presse menace de fermer AUSSI son site Cyberpresse, là je décroche vraiment. Il y a une limite à nous faire croire que Cyberpresse, LE site web en infos écrites au Québec, peine à survivre! Son concurrent direct Canoë, bien qu’il ait l’avantage indéniable d’être un empire médiatique qui peut se servir un peu partout sans que ça lui coûte un sous de plus, c’est de la gnognotte à côté. Ils ont des années de retard au niveau graphique et ils ne comprennent vraiment rien des habitudes des internautes! Il y a aussi le site de Radio-Canada qui est fort bien fait, mais quand on est accroc aux infos comme moi, on a besoin d’aller voir plusieurs sources et Cyberpresse est au top de la liste. Bien que les blogues et les médias indépendants comme Quebec89 soient un plus dans notre recherche d’infos parallèles, il faut bien s’informer quelque part à prime abord! Bref, je ne sais pas si la Presse peut ultimement survivre dans un univers de plus en plus branché, mais Cyberpresse est un gros joueur et je n’adhère pas du tout au discours de peur.

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Auteur

Patrick Bellerose

Patrick Bellerose est un journaliste spécialisé dans le domaine des médias et du marketing. Il couvre l’univers québécois des communications pour Marketing Magazine. Par le passé, il a été à l’emploi du magazine Infopresse, spécialisé en publicité-marketing. Il se passionne particulièrement pour l’impact des médias sociaux sur notre vie et l’avenir des médias traditionnels.

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